Mercredi 18 avril 1906, 5h12

Petit village en 1848, c’est à la ruée vers l’or que San Francisco doit son expansion. Deux ans plus tard, la ville compte déjà 50 000 habitants. En 1906, elle est devenue la neuvième métropole des États-Unis avec près de 400 000 habitants. C’est alors une ville moderne et élégante qui est devenue un véritable centre culturel.

Cette cité en plein essor va être totalement détruite le 18 avril 1906 à 5h35 du matin. Le séisme principal a eu lieu à 5h12. Son épicentre se situait à 12 km à l’ouest de San Francisco, le long de la faille de San Andreas.

Les secousses furent ressenties de l’Oregon à Los Angeles, et à l’intérieur des terres jusqu’au centre du Nevada. Le tremblement de terre et l’incendie qui en résulta restent à ce jour parmi les plus grandes catastrophes naturelles ayant touché une grande ville américaine.

Mais ce séisme d’une ampleur de 8,2 sur l’échelle de Richter n’est pas la véritable cause de la catastrophe. A cette époque, les maisons sont faites majoritairement en bois. Le vrai responsable des nombreux morts est l’immense incendie qui ravagea la ville. Seulement une demi-heure après la première secousse, on recense déjà 50 foyers d’incendie. Le feu a fait rage pendant 2 jours sous le regard impuissant des pompiers.

  • La destruction d’une métropole américaine

En 1906, San Francisco est une cité en plein essor. Ville-champignon née un demi-siècle plus tôt de la ruée vers l’or, elle est devenue à cette date la grande métropole de la côte ouest des États-Unis. Mais, le 18 avril, à 5h35 du matin, une secousse sismique d’une ampleur considérable l’ébranle et provoque un gigantesque incendie qui la détruit presque entièrement.

Bientôt reconstruite, la ville reste aujourd’hui sous la menace permanente de la grande faille de San Andreas, au cœur d’une des régions les plus instables du monde.

  • Une fière cité

C’est à l’or que San Francisco doit sa fortune. Découvert en 1848, l’année même où le Mexique cède la Californie aux États-Unis, le métal précieux que recèlent les montagnes Rocheuses provoque une véritable ruée vers l’Ouest. Petit village en 1848, San Francisco est déjà une cité de 50 000 habitants deux ans plus tard. En 1906, devenue neuvième métropole des États-Unis avec 400 000 habitants — presque la moitié de la population californienne —, cette ville moderne et élégante, dont la moitié des habitants ne sont pas nés en Californie, vit de bien autre chose que de l’orpaillage ou de l’exploitation des mines.

Après le tremblement de terre de San Francisco (1906) – Vues prises depuis un véhicule en mouvement sur Market Street Est (1’40).

Fière de ses 20 théâtres et de son Opéra, elle l’est plus encore de son quartier d’affaires, où banques et maisons de commerce prospèrent à l’ombre du grand hôtel de ville récemment construit. Or, c’est ce quartier d’affaires, symbole du dynamisme de la cité, qui se trouve totalement détruit par le gigantesque incendie d’avril 1906. En effet, beaucoup plus que le tremblement de terre proprement dit, qui, malgré son amplitude de 8,2 degrés sur l’échelle de Richter, qui en compte 9, fait peu de victimes dans une ville où les constructions sont encore majoritairement en bois, c’est l’incendie qu’il provoque qui déclenche la véritable catastrophe.

  • Un gigantesque incendie

Pour certains, ce sont les étincelles échappées des fils de tramway tombés sur le sol après la secousse, pour d’autres, ce sont les lampes à pétrole renversées qui sont à l’origine des flammes : dans une ville où le principal matériau de construction est hautement combustible, mille raisons peuvent expliquer le début de l’incendie. Une demi-heure après la secousse, en tout cas, on recense déjà 50 foyers d’incendie. Le feu fait rage ensuite deux jours durant, ravageant la moitié de la ville, tuant 450 personnes, en chassant 200 000 autres de chez elles.

Faute d’eau — les canalisations ont été rompues lors de la secousse sismique —, les autorités ne peuvent rien : les pompiers assistent à peu près impuissants à l’incendie, l’administration se contente de loger provisoirement les sans-abri dans des tentes installées en hâte dans le grand parc de la ville. L’armée, dans ces conditions, prend les choses en main. Le chef de la garnison, le commandant Funston, décrète la loi martiale et ordonne de tirer à vue sur les pillards qui voudraient profiter de la panique générale. Face à l’incapacité des pompiers, le même homme décide le dynamitage à grande échelle des bâtiments pour sauver les quartiers encore non touchés. En quelques heures, les habitants voient disparaître la plus belle artère de la ville, Van Ness Avenue, dont les façades faisaient leur orgueil. Ce sacrifice permet de protéger l’ouest de la ville, mais les quartiers est, de part et d’autre de Market Street, sont la proie des flammes : les quais et les entrepôts sur la baie, le quartier d’affaires ainsi que le quartier chinois sont totalement détruits.

Documentaire sur le tremblement de terre à San Francisco 1/2
  • Reconstruction et menace permanente

Les habitants ont à cœur d’effacer rapidement le souvenir du cataclysme. À peine un mois plus tard, le plus célèbre citoyen de la ville, William Randolph Hearst (le magnat de la presse dont s’est inspiré le cinéaste Orson Welles pour son film Citizen Kane), fait venir Sarah Bernhardt : l’actrice française joue Adrienne Lecouvreur dans le théâtre en plein air de Berkeley. La ville, reconstruite rapidement, est encore plus belle. Les nouvelles techniques de construction associant le béton et l’acier permettent de concevoir une cité entièrement nouvelle, faite de gratte-ciel.

À l’été de 1915, l’ouverture du canal de Panama est l’occasion d’organiser une grande exposition : 19 millions de visiteurs viennent alors admirer San Francisco remise à neuf. Malgré cela, aujourd’hui encore, la catastrophe de 1906 occupe une grande place dans la mémoire collective des habitants de San Francisco. Comme, avant elle, Lisbonne en 1755 ou, après elle, Tokyo en 1923, San Francisco est entrée dans la catégorie des villes martyres des tremblements de terre. Certains vont jusqu’à attribuer à la menace constante de nouveaux séismes le caractère insouciant et fantasque d’une ville dont l’atmosphère est aujourd’hui unique aux États-Unis.

Documentaire sur le tremblement de terre à San Francisco 2/2
  • La faille de San Andreas

Rectiligne sur près de 1 000 kilomètres, du nord de la baie de San Francisco au désert de Mojave, la grande faille de San Andreas fait planer une menace permanente sur la Californie. Elle correspond au contact des plaques du Pacifique et d’Amérique du Nord. Au lieu de s’enfoncer l’une sous l’autre, comme c’est généralement le cas ailleurs, ces deux plaques frottent de manière latérale.

Celle du Pacifique descend vers le sud et celle d’Amérique remonte vers le nord. Ces frottements sont à l’origine d’une instabilité sismique aussi permanente autour de San Francisco. Les sismologues ont pu évaluer qu’un tremblement de terre majeur se produisait à peu près tous les 80 ans. Avec une étonnante régularité, San Francisco a connu un nouveau séisme en 1986 (de force 7), puis à nouveau en 1989 (de force 6). Si les gratte-ciel n’ont pas bougé, grâce à leur conception antisismique, l’écroulement d’un pont a causé la mort de 50 personnes en 1989 et allumé des incendies dont l’absence de vent ce jour-là a heureusement empêché la propagation.

Les sources de l’article, des photos et vidéos et bien d’autres informations sont disponibles sur les sites suivants, parmi quelques exemples :

Et, en bonus, pour celles et ceux qui m’ont lu jusqu’ici, un film de 46 minutes, comprenant des séquences historiques spectaculaires, des animations colorées, et des entretiens avec les experts du tremblement de terre. Shock Waves [En] a été reconnu comme un remarquable documentaire au Telly Awards 2006 et a été nominé pour un Emmy.

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