Mardi 20 mai 2008, 16 heures

Faisons rapidement, encore une fois, un bref retour historique. C’est nécessaire si vous voulez bien suivre le guide, aujourd’hui, merci ! Cette Mission, si vous l’acceptez,… Flash-back !

Nous sommes à la fin du XVème siècle, l’Espagne entretient de nombreuses missions dans toute la Nueva España, la Nouvelle-Espagne, constituée du Mexique et des terres composant actuellement le sud-ouest des États-Unis. Ceci, bien entendu, dans le but de faciliter la colonisation de ces territoires.

Toutefois, en 1765, la Russie menace d’envahir ce que l’on appelle alors la Haute Californie. Le Roi d’Espagne envoie alors des missionnaires espagnols en avant-postes avec l’aide d’escortes militaires afin de consolider ses colonies, tout en répandant la religion chrétienne parmi les amérindiens locaux, par la même occasion.

 
Clochers de la basilique

Des dominicains, des jésuites et des franciscains vont ainsi fonder vingt et une Missions tout le long de la côte californienne. Ils commencent à San Diego au sud, en 1769, pour terminer à Sonoma, mille kilomètres au nord en 1823.

Qu’on s’imagine bien, à l’époque, chaque colonie ainsi créée doit se suffire à elle même. Les pères apportent le bétail, les fruits et les légumes, le ravitaillement étant quasi impossible depuis le Mexique. Il faut des mois de trajets pour parcourir de telles distances, et les bateaux sont encore de trop petites tailles. Pour le reste, les pères doivent donc faire avec les moyens du bord.

C’est donc avec l’aide des colons et des amérindiens, qu’ils utilisent les matériaux trouvés sur place, et les modes de constructions les plus simples, en commençant en priorité par l’église.

Mission Dolores, le « revedos », autel décoratif apporté du Mexique en 1776. On aperçoit le plafond, fait de poutres de séquoias, reliées de lanières de cuir, et ornées de motifs des Indiens Ohlone.

La Mission qui nous intéresse aujourd’hui est la sixième dans la chronologie. Le 27 juin 1776, une expédition d’une trentaine de familles, partie à pied depuis Sonora, et conduite par le lieutenant José Joaquin Moraga, prend possession de cette péninsule vallonnée, couverte de menthe sauvage. Le premier village qu’il fonde est ainsi nommé Yerba Buena, la bonne herbe. Non loin de là coule un ruisseau, baptisé Arroyo de Nuestra Señora de los Dolores qui signifie Ruisseau de Notre Dame des Douleurs. Pourquoi un tel nom, me direz-vous ? ce vendredi précédant le dimanche des Rameaux est, à l’époque, nommé vendredi des Douleurs, tout simplement. Voilà, vous savez tout (ou presque !)

Le 29 juin, le père Francisco Palou, qui travaille avec le père Junipero Serra, célèbre sous un abri de fortune, la toute première messe de la région.

Padre Francisco Palou, fondateur de la Mission

C’est ainsi que naît la ville de San Francisco, cinq jours avant que soit signée la Déclaration d’Indépendance.

La mission Dolores (ou Mission San Francisco de Asís) est officiellement fondée le 9 Octobre 1776. Les murs en adobe d’un mètre vingt d’épaisseur permettent à ce bâtiment de résister au tremblement de terre de 1906. Les poutres en bois de séquoia qui soutiennent le toit sont d’origine et sont maintenues par des lanières de cuir. Le plafond est décoré d’anciens motifs Indiens Ohlone. Les autels sont apportés ou fabriqués au Mexique. Les colonnes, qui semblent être en marbre, sont en fait du bois. Les feuilles d’or utilisées pour les décorations sont d’époque.

La basilique, construite à côté, a été détruite en 1906, reconstruite en 1918. On y voit notamment une sculpture de Mater Dolorosa, Notre Dame des Douleurs.
Enfin, pour terminer notre visite, à l’extérieur, on traverse le cimetière, où se trouve la statue du père Junipero Serra. La plupart des tombes datent de la ruée vers l’or, époque à laquelle San Francisco connaît une très grande expansion, et, où, en raison de nombreuses maladies, les gens meurent jeunes. [Euh… les porcs mexicains, déjà, envahissant la Californie ? Non, ce n’est pas drôle !]

Dans le jardin-cimetière, la statue du père Junipero Serra

Voilà, pardonnez-moi, je vous ai vraiment résumé tout l’histoire en trente minutes, car notre visite s’achève déjà.

Ainsi je viens de m’apercevoir, un peu tard, que je n’ai pas pris le temps de photographier la façade de ce vénérable bâtiment de plus de 200 ans. Mais vous pouvez en admirer une représentation sur le vitrail à côté du Père Palou.

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